Dès l'enfance il eut cette idée : « La montée vers le ciel doit être le but de ma vie. » Restait le moyen d'y parvenir. Depuis l'idée trotte dans sa tête comme une pesanteur permanente. Voilà trop longtemps que les années passent et se vivent au ras des pâquerettes.
Il est proche du désespoir intégral.
Mais le sursaut s'en vient :
Après des années à attendre que sa vie s'élève.
Des mois à travailler d'arrache-pieds pour les décoller du sol.
Ses travaux viennent de s'achever. À présent tout est prêt pour le grand départ.
Paradoxalement il se met un poids dans le dos à cause d'une idée qui a fusé dans sa tête et dont il a cru, à tort peut-être, qu'elle n'était pas fumeuse. La suite va lui démontrer qu'elle l'est quand même quelque peu.
Il en arrive là, parce qu'il n'a pas pu être astronaute (il aurait fallu être américain canadien ou japonais), ni cosmonaute (il aurait fallu être russe). Il aurait pu tenter spationote puisqu'il est européen, qui plus est français. Mais, il avait une trop mauvaise vue et des hémorroïdes fréquemment. Il échoua donc aux épreuves de sélection.
C'est pourquoi désormais il se tient uniquement debout sur ses jambes.
Dans cette position il tente l'ultime voyage, désespéré et à ses frais.
Il commence à s'élever, confiant dans son projet. Dans son dos ça pète le feu. Hier soir sur sa platine vinyle il a écouté en boucle « la quête », l'inaccessible étoile de Jacques Brel. À l'instar du chanteur, il adresse sa supplique à ce gros pétard qu'il s'est mis dans le dos :
«Brûle encore, bien qu’ayant tout brûlé
Brûle encore, même trop, même mal
Pour atteindre à s’en écarteler
Pour atteindre l’inaccessible étoile. »
Hélas, sa fusée « made in maison » vient de donner tout ce qu'elle pouvait donner. Elle se meurt dans un : ZIP ! SHEBAM ! POW ! BLOP ! WIIIIZZZZ !
Et voilà que tout se Gainsbarre !
La pelouse cosmodrome ne peut que constater la chute finale, qui se voulait internationale !

